L’utilisation des outils d’intelligence artificielle s’est largement démocratisée en entreprise. Un collaborateur utilise ChatGPT pour résumer un document, une recruteuse s’appuie sur l’IA pour analyser des candidatures, un manager automatise ses comptes rendus… Mais ces trois professionnels doivent-ils suivre la même formation ? Et faut-il désormais former tous les salariés à l’intelligence artificielle pour respecter l’AI Act ?
La réponse est plus nuancée qu’il n’y paraît. En effet, le règlement européen n’impose ni programme unique ni niveau de maîtrise identique pour tous. Tout dépend des usages, des missions et des risques. Alors qui devez-vous réellement former, et comment ?
Les points clés de cet article
- L’AI Act n’impose pas une formation à l’intelligence artificielle identique à tous les salariés
- Les personnes qui utilisent ou supervisent un système d’IA doivent acquérir des connaissances adaptées à leurs missions.
- Un socle commun peut sensibiliser l’ensemble des équipes aux principales règles.
- Les utilisateurs réguliers et les fonctions les plus exposées ont besoin d’une formation plus approfondie.
- La formation doit évoluer avecles outils, les usages et les risques de l’entreprise.
Que demande réellement l’AI Act aux entreprises ?
L’article 4 de l’AI Act s’applique depuis le 2 février 2025. Il demande aux fournisseurs et aux entreprises qui déploient des systèmes d’IA de prendre des mesures pour développer la maîtrise de l’IA de leurs équipes, mais aussi des autres personnes qui utilisent ces systèmes pour leur compte.
Depuis août 2026, son respect peut être contrôlé. Le texte n’impose toutefois ni durée minimale de formation, ni programme obligatoire, ni certification particulière. Il invite les entreprises à tenir compte :
- des connaissances, de l’expérience et de la formation des utilisateurs ;
- du système d’IA et de son contexte d’utilisation ;
- des risques et des personnes susceptibles d’être affectées.
Une entreprise dont les salariés utilisent une IA générative pour rédiger ou traduire des contenus est donc concernée. Ces utilisateurs doivent notamment connaître le risque d’obtenir des informations inexactes, aussi appelées « hallucinations ».
Une formation formelle n’est pas toujours exigée. Mais, comme le précise la Commission européenne dans ses questions-réponses sur la maîtrise de l’IA, demander aux salariés de lire la notice d’un outil peut se révéler insuffisant. Les actions retenues doivent être réellement adaptées aux pratiques et aux risques rencontrés.
Faut-il former tous les salariés à l’intelligence artificielle ?
Non, l’AI Act ne vous oblige pas à inscrire automatiquement tous vos salariés à la même formation. L’accompagnement à prévoir dépend des usages et des risques. Ainsi, un collaborateur qui ne travaille jamais avec l’IA n’a pas les mêmes besoins qu’un recruteur utilisant un outil de présélection des candidatures.
Un socle commun à adapter selon les usages
Une sensibilisation générale reste néanmoins pertinente pour rappeler les règles de l’entreprise et encadrer les usages informels. Cette précaution est d’autant plus utile que certains salariés utilisent l’IA sans en informer la direction, les RH ou le service informatique. L’un d’eux peut, par exemple, copier un document confidentiel dans un outil grand public pour le résumer.
À partir de ce socle commun, adaptez ensuite l’accompagnement à chaque profil :
| Profil | Accompagnement à prévoir |
| Salarié qui n’utilise pas l’IA | Sensibilisation aux règles et aux outils autorisés |
| Utilisateur occasionnel d’une IA générative | Socle commun sur les risques et les bonnes pratiques |
| Utilisateur régulier dans son métier | Formation appliquée à ses cas d’usage |
| Manager ou responsable d’une décision assistée par l’IA | Formation sur le contrôle humain et les responsabilités |
| Concepteur ou utilisateur d’un système sensible | Parcours renforcé sur les risques, la conformité et la supervision |
Bon à savoir : ce raisonnement s’applique également aux prestataires et aux intervenants extérieurs. Dès lors qu’ils utilisent un système d’IA pour le compte de votre organisation, ils peuvent eux aussi avoir besoin de repères adaptés.
Une formation renforcée pour les fonctions les plus exposées
Une fois ce premier classement établi, commencez par former les collaborateurs qui utilisent régulièrement l’intelligence artificielle, y compris lorsqu’il s’agit d’un outil grand public. Les équipes marketing, communication, commerciales ou administratives peuvent, par exemple, s’en servir pour rédiger des contenus, analyser des informations ou préparer des présentations.
Accordez ensuite une attention particulière aux fonctions dont les décisions affectent d’autres personnes :
- les équipes RH et recrutement ;
- les managers ;
- les services juridiques et conformité ;
- les collaborateurs chargés de la relation client ;
- les équipes informatiques, data et cybersécurité ;
- les responsables des achats de logiciels ;
- les personnes qui contrôlent les résultats d’un système d’IA.
Le contenu de la formation doit alors refléter les risques rencontrés. Par exemple, une recruteuse utilisant un outil pour classer des CV doit comprendre les risques de biais, vérifier les critères appliqués et savoir quand reprendre la main. Certains systèmes d’IA employés dans le recrutement peuvent en effet relever de la catégorie des systèmes à haut risque définie par l’AI Act. À l’inverse, un chargé de communication qui utilise une IA générative pour trouver des idées devra surtout apprendre à vérifier les informations, à protéger les données confidentielles et à respecter la propriété intellectuelle.

Enfin, associez les managers à la démarche. Ils autorisent souvent les usages, valident les résultats et repèrent les difficultés rencontrées. Leur rôle est donc essentiel, car la confiance des salariés envers l’IA dépend aussi du cadre mis en place.
La véritable question n’est donc pas seulement « faut-il former tout le monde ? », mais plutôt : qui utilise quelle IA, pour accomplir quelle tâche et avec quelles conséquences possibles ?
Que doit contenir une formation à l’IA en entreprise ?
Savoir rédiger un bon prompt peut être utile, mais cette compétence ne suffit pas pour utiliser l’IA de manière responsable. Pour répondre aux enjeux de l’AI Act, la formation doit également aider vos collaborateurs à comprendre les limites des outils et les conséquences de leurs usages.
Un socle commun peut s’articuler autour de cinq sujets :
- comprendre le fonctionnement et les limites de l’IA : les utilisateurs doivent savoir qu’un outil peut produire des erreurs, des approximations ou des « hallucinations » ;
- connaître le cadre fixé par l’entreprise : chacun doit identifier les outils autorisés, les usages permis et les pratiques interdites ;
- protéger les données et les contenus : la formation doit rappeler les règles relatives aux informations personnelles, aux documents confidentiels et à la propriété intellectuelle ;
- vérifier les résultats et repérer les biais : un contenu généré doit être contrôlé avant son utilisation, notamment pour éviter les erreurs ou les discriminations ;
- conserver un contrôle humain : les salariés doivent comprendre leur responsabilité et savoir comment réagir ou qui prévenir en cas d’incident.
La CNIL recommande également de former et de sensibiliser les utilisateurs aux risques et aux usages interdits lors du déploiement d’une IA générative.
Une fois ce socle défini, adaptez le contenu à chaque métier. Un commercial peut apprendre à vérifier une synthèse produite à partir de données clients. Une responsable RH doit savoir repérer un résultat discriminatoire, tandis qu’un communicant doit contrôler les sources, les droits attachés aux contenus et la fiabilité des informations publiées.
Quel que soit le métier, la formation doit enfin permettre de développer certaines compétences humaines, comme l’esprit critique, la capacité d’analyse, l’adaptabilité et la prise de décision.
Comment construire votre plan de formation AI Act ?
Pour transformer ces principes en actions, commencez par observer ce qui se passe réellement dans votre organisation. Une charte ne peut pas encadrer des usages que vous n’avez pas identifiés, et une formation ne peut pas répondre à des besoins qui restent flous.

Vous pouvez ensuite avancer en six étapes :
- Recensez les outils et les usages. Interrogez les équipes sur les solutions officielles, mais aussi sur les outils qu’elles utilisent de leur propre initiative.
- Identifiez les personnes concernées. Repérez les utilisateurs, les managers, les décideurs, les superviseurs et les prestataires qui interviennent pour votre organisation.
- Évaluez les risques. Une aide à la rédaction ne présente pas les mêmes enjeux qu’un outil intervenant dans le recrutement, l’accès à un service ou une décision financière.
- Définissez plusieurs niveaux de formation. Prévoyez un socle commun pour transmettre les règles essentielles, des modules adaptés aux usages de chaque métier et un parcours renforcé pour les systèmes sensibles. Les personnes chargées de superviser ces derniers doivent notamment savoir interpréter les résultats, repérer une anomalie et interrompre leur utilisation si nécessaire.
- Choisissez des formats pratiques. Module en ligne, classe virtuelle, atelier ou guide : adaptez le support aux besoins et aux contraintes des équipes. Appuyez-vous surtout sur des cas réels, des exercices et des exemples d’erreurs. Une équipe marketing pourra travailler sur la vérification des sources, tandis que les RH étudieront les biais, la protection des données des candidats et le contrôle humain.
- Conservez une trace et actualisez le dispositif. Notez les actions réalisées, les publics concernés et les thèmes abordés. Mettez ensuite le programme à jour lorsque les outils, les usages ou les risques évoluent.
Bon à savoir : aucun certificat spécifique n’est exigé par l’article 4. La Commission européenne indique toutefois que vous pouvez conserver un relevé interne des formations et des autres actions de sensibilisation. Vous pourrez ainsi suivre votre démarche et documenter les mesures prises.
Enfin, intégrez ces actions à votre plan de développement des compétences. La maîtrise de l’IA ne constitue pas un projet isolé : elle doit accompagner durablement l’évolution des métiers et des pratiques professionnelles.
Quelles erreurs éviter pour former efficacement vos équipes ?
La première erreur consiste à imposer un module générique à tous les salariés, sans tenir compte de leurs missions. Une présentation trop théorique risque d’être rapidement oubliée, tandis que les utilisateurs les plus exposés resteront insuffisamment préparés.
Évitez également de :
- former uniquement les équipes techniques, en oubliant les managers, les prestataires ou les utilisateurs métiers ;
- limiter le programme au fonctionnement des outils sans aborder leurs risques ;
- transmettre des règles sans expliquer leur utilité ;
- déployer une formation sans charte ni liste d’outils autorisés ;
- considérer la formation comme une action ponctuelle.
En effet, terminer un module ne signifie pas forcément savoir réagir face à une réponse manifestement fausse ou à une demande impliquant des données confidentielles. Prévoyez donc des mises en situation : « Pouvez-vous copier ce fichier client dans l’outil ? », « Comment vérifier cette réponse ? » ou encore « Qui prévenir en cas d’erreur ? ».
Enfin, la formation doit s’inscrire dans une gouvernance plus large. Définissez parallèlement les règles d’utilisation de l’IA en entreprise : outils autorisés, responsabilités, contrôles et procédures de signalement.
Formez vos salariés selon leur exposition réelle à l’IA
Alors, faut-il former tous les salariés à l’intelligence artificielle ? Oui à une culture commune, mais non à un parcours uniforme. Une sensibilisation générale peut transmettre les règles essentielles. Mais le niveau de formation doit ensuite être adapté aux usages, aux responsabilités et aux risques rencontrés.
L’objectif n’est donc pas de transformer chaque salarié en juriste ou en spécialiste de l’intelligence artificielle. Donnez plutôt à chacun les moyens de comprendre les limites des outils, de protéger les informations utilisées, de vérifier les résultats et de savoir quand demander de l’aide.
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Rédactrice de l’article
Anna de Gouyon Matignon
Rédactrice web freelance depuis plus de 10 ans, j’écris sur des sujets techniques et variés (formation, droit, immobilier et gestion de patrimoine, marketing, management, éducation, art et culture…).

